Les élections de 2012 approchent en France, la campagne présidentielle est lancée. C’est une bonne occasion de faire le point et de dresser un constat/bilan des déséquilibres profonds à l’œuvre actuellement dans l’organisation de l’économie mondiale.
Je vais partir de la lecture d’une publication de Patrick Artus pour la recherche économique de Natixis afin de prendre un peu de recul sur les problèmes que rencontrent nos économies et qui ont été non pas provoqués mais révélés par la crise financière de 2008.
Cette publication s’intitule « une lecture marxiste de la crise » et est disponible sur le lien ci-dessous.
http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=51136
Je vous en recommande d’ailleurs la lecture, c’est assez intéressant même si on peut ne pas être d’accord sur tout et que ça n’est pas très détaillé.
Il ne faut bien sûr pas y voir une conversion à la doctrine marxiste juste une tentative d’analyse de la crise que nous connaissons selon une grille de lecture marxiste. Force est de constater que les arguments trouvés tiennent la route.
Analyse que je trouve très intéressante. Pourquoi ? Parce qu’elle va plus loin que l’interprétation lambda consistant à dire « il y a eu un problème avec les subprimes, ça a fait plonger la finance mondialisée, les pays sont surendettés ».
On peut certes voir la crise comme la simple résultante d'une finance qui est parti en live aussi bien au niveau des prêts immos que des marchés financiers (d'ailleurs ça sera plutôt les marchés financiers et les banques d'investissement que le marché immobilier et ce sont les lobbys financiers qui ont poussé à la déréglementation). Mais c'est avoir une vision que je trouve très réductrice de la situation actuelle.
La crise des dettes des Etats n'est reliée à la crise de 2008 que parce que cette dernière a accéléré des déséquilibres et un effondrement inéluctable vers lequel nous allions déjà.
Je m'explique, le niveau de dettes des Etats ne parait insurmontable que parce que la confiance a disparu. Il est totalement subjectif. Ca ne dérangeait personne avant 2008 que des Etats empruntent pour rembourser leurs dettes. Un Etat ne fait pas faillite c’était bien connu et c’est qu’on apprenait dans les cours d’économie et de finance. « Le taux auquel emprunte un Etat peut servir de taux sans risque de référence car c’est l’investissement le plus sûr possible, un Etat peut toujours rembourser ».
La crise financière de 2008 n'est que le symptôme de déséquilibre profond au sein de nos économies et d'un schéma de croissance qui a été inventé comme solution aux problèmes économiques des années 70 mais qui arrive à essoufflement. Ce qui revient à dire qu'il est toujours après coup aisé de trouver des causes à l'effondrement du château de cartes, il ne reste pas moins qu'il s'agit d'un château de cartes à la base et que le vrai problème est là. On peut blâmer le crédit trop important, la finance folle, mais ils s'agissaient de conditions sine qua none à la continuité de la croissance économique.
En ceci, "l'analyse marxiste de la crise" a ceci d'intéressant, c'est qu'elle recherche des causes plus profondes à nos problèmes économiques. On peut corriger tout ce qu'on veut en finance ou sur l'octroi des crédits, on sera toujours en crise et ça ne nous fera pas renouer avec la croissance.
Pour être un peu caricatural, depuis 30 ans nous faisons de la croissance grâce à un endettement de plus en plus important, privé et public, c'est non seulement non durable mais aussi "virtuel". Boom de l'endettement et du crédit qui vont de pair et s'autoalimentent avec le boom du secteur financier.
Ces deux aspects ont permis pendant 30 ans de résoudre les déséquilibres de nos économies capitalistes.
Déséquilibres que nous allons lister :
au niveau de la consommation
- une stagnation, voir régression des salaires dans la part de la valeur ajoutée à l'avantage de la rémunération du capital (l'article de Patrick Artus y voit comme cause la compensation de la baisse théorique des taux de profits, perso j'en m'en fous, ce qui importe c'est le fait) : cf image à la fin de l'article
- c'est bien pire qu'on peut le penser, car une bonne partie de la hausse des salaires a été absorbée par les haut salaires et la finance, ie le salaire médian n'a pas suivi la hausse de la productivité)
- profitant de la mondialisation et des paradis fiscaux, les hauts revenus ont explosé et ont été de moins en moins taxés (aussi bien officiellement par des impôts de plus en plus bas que officieusement par le recours massif aux paradis fiscaux)
- c'est aussi le cas des profits des entreprises ce qui représente des manques à gagner gigantesques pour les Etats (dans mes souvenirs, on retrouve 5 paradis fiscaux dans le top 10 des pays où les entreprises américaines déclarent le plus de profits)
- une tertiarisation des emplois dans les pays développés qui a fait exploser les temps partiels et autres demi-emplois qui servent de cache-misère pour les statistiques
au niveau de la production :
- une industrialisation massive dans pays en voie de développement qui sont devenus les ateliers du monde
- une hausse de la productivité sans précédente dans l'histoire du fait de la robotisation massive et du développement des nouvelles technologies
- des investissements en forte hausse dans le tiers-monde et au moins constant dans les pays développés
au niveau de la mondialisation
- le modèle de développement des pays pauvres basés sur les exportations fait que les pays développés doivent consumer de plus en plus, ce qu'ils ne peuvent faire qu'en s'endettant car les salaires de la grande majorité n'augmente plus que de manière non significative
- le modèle de développement des pays pauvres basés sur les exportations ne suffit pas à développer rapidement le marché intérieur de ces pays, il faut une volonté politique derrière, chose très rare
- la productivité est telle que les pays comme la Chine sont capables de produire pour le monde et pour leur demande intérieur à la fois et moins cher que nous = nous ne profiterons jamais de leur marché intérieur, impossible à concurrencer sauf à se mettre à leur niveau
- une guerre monétaire où personne n'est à armes égales et qui empêchent le réajustement "naturel" des balances commerciales (un déficit commercial fait baisser la valeur de la monnaie par rapport aux autres, ce qui provoque un avantage concurrentiel qui va permettre de réduire le déficit commercial)
En plus de réformer complètement le fonctionnement de la finance mondiale, ce sont tous ces déséquilibres qu'il faudrait résoudre pour que nos économies puissent repartir (et encore on ne parle même pas écologie là).
Le point le plus important est de bien se rendre que les trente dernières années ont vu une explosion de la production et de l'offre dans des pays où les salaires des classes pauvres et moyennes n'ont que très peu augmentés. Une "idéologie" de l'endettement c'est donc développé pour répondre à ce besoin et ont rendu extrement fragile nos économies tout en ne faisant que reculer le moment où il faudra faire face à ces problèmes.
Moi je n'ai pas de solution pour l'instant alors je vais juste demander aux 1% qui se gavent d'arrêter parce que la justice morale c'est la seule chose qu’il nous reste et que ça commence à bien faire.


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